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Comment la sécurité s’est glissée dans l’ADN de TE Connectivity

Remettez toujours l’outillage à sa place, portez toujours des chaussures de sécurité, n’utilisez pas un tournevis comme ciseau. Aussi naturelles qu’elles puissent paraître, chaque collaborateur finit tôt ou tard par contrevenir, consciemment ou inconsciemment, aux règles (de sécurité). Parfois avec des conséquences dramatiques. Comment une organisation peut-elle contrecarrer cette mauvaise habitude ? Nous avons posé la question à Dany Wille, spécialiste expérimenté, et conseiller en prévention chez TE Connectivity.

Soyons clairs : la sécurité s’est toujours trouvée au top des priorités pour TE Connectivity. Mais, au cours des dernières années, ce fournisseur de l’industrie automobile est passé à la vitesse supérieure.

Un parcours de longue haleine

Alors que précédemment la sécurité était la préoccupation du conseiller en prévention, maintenant chaque collaborateur s’alarme lorsque la sécurité est en péril. La sécurité s’est pour ainsi dire intégrée à l’ADN de l’entreprise.

1. La sécurité = technique

Le conseiller en prévention Dany Wille : « Jusque dans les années nonante, nous travaillions principalement à la sécurité technique, à la protection et la sécurisation des machines. Mais, après un certain temps, nous n’avons plus vu les statistiques de sécurité s’améliorer. Ceci nous a incités à observer attentivement le comportement des collaborateurs. »

Dany Wille compare cette démarche à la sécurité routière. « Aujourd’hui peu d’accidents sont imputables à des déficiences techniques. Les automobiles satisfont, sans distinction de marque, aux mêmes exigences élevées en matière de sécurité. Malgré cela, le nombre d’accidents reste élevé ; ceci est plutôt dû au comportement des chauffeurs. C’est à cela que les autorités doivent réagir, en corrigeant les pilotes déficients. » Cela vaut aussi pour un conseiller en prévention dans une entreprise. Vous voulez diminuer le nombre d’accidents du travail ? Travaillez au comportement des travailleurs.

2. La sécurité = responsabilité de la maîtrise

Dany Wille et ses collègues ont fait un premier pas au début des années 2000. A côté des rubriques productivité et qualité, la description de fonction des 45 agents de maîtrise a été complétée par une rubrique sécurité. La mise en place du système de management OHSAS a aidé les managers à assumer cette responsabilité complémentaire. Désormais, ils maîtrisent le processus de production en tenant aussi à l’œil la sécurité, la qualité et l’environnement. Les agents de maîtrise ont pris cet engagement très au sérieux, comme l’a révélé une enquête en 2011 auprès d’une centaine d’employés : selon un avis unanime « Les agents de maîtrise sont concernés par la sécurité ». Entre collègues les scores étaient nettement plus bas. Il n’était en aucune façon question d’implication du personnel d’exécution. Sans mentionner qu’ils se reprochaient mutuellement des comportements dangereux.

3. La sécurité = la responsabilité de tous

Pour le conseiller en prévention Dany Wille et ses collègues, c’était clair : il fallait relever le niveau d’exigences. A l’avenir, l’ensemble des 700 collaborateurs devait s’impliquer. La sécurité deviendrait la responsabilité de chacun. Ils ont donc entamé une réflexion concernant des règles générales de comportement, de sorte que chaque employé sache à quoi s’en tenir. Afin de mener sur la bonne voie la discussion concernant cette « loi fondamentale », Dany Wille a fait appel à l’expérience de Thierry Uyttenhove d’Amelior. Ce dernier avait déjà conduit des exercices comparables dans d’autres entreprises de production. Thierry Uyttenhove : « TE Connectivity aurait pu se simplifier la vie et reprendre les règles d’autres entreprises, mais ils auraient raté une chance importante. Le processus de définition des règles est aussi précieux que le résultat. La discussion crée déjà l’implication. »

« Que devons-nous faire pour empêcher les accidents ? » Telle était la question posée par Thierry Uyttenhove au CPPT. En quelques ateliers facilités par Thierry Uyttenhove et regroupant les conseillers en prévention, le manager HR et les délégués du personnel été de l’employeur, cinq règles fondamentales de comportement ont été établies ; en interne, elles sont aussi appelées les High Five.

Ensemble avec mes collègues, JE veille à ce que…

  1. Mon poste de travail soit SÛR, EN ORDRE ET PROPRE
  2. Je porte mes EQUIPEMENTS DE PROTECTION INDIVIDUELLE
  3. J’utilise correctement L’OUTILLAGE ET LES MACHINES
  4. Je me DÉPLACE ET MANIPULE les produits de manière sûre
  5. J’agis constamment et CONSCIEMMENT EN SÉCURITÉ.

Communication via des posters, des lettres et la concertation

Rédiger des règles, c’est une chose ; veiller à ce que chacun s’y conforme, c’est une autre paire de manches. L’importance du rôle de la communication s’est rapidement imposée à Dany Wille. Un bureau spécialisé développe tous les deux mois pour TE Connectivity un thème lié aux règles de comportement de l’entreprise. Cette campagne paraît sur des affiches et posters, aussi bien sur écrans que sur papier. Les collaborateurs reçoivent à leur domicile une lettre s’y rapportant, couplée à un concours avec des entrées de cinéma à la clef. Et le sujet est aussi abordé lors des réunions journalières de travail.

Tournées d’observation : les travailleurs s’adressent aux travailleurs

Ces tournées d’observation ont permis à Dany Wille d’accroître encore l’implication du personnel. Une fois par mois, 77 collaborateurs partent en observation dans l’entreprise pour évaluer le comportement de deux collègues, aussi bien dans les équipes de jour, de nuit et de week end. Leur analyse du comportement du collaborateur au moment précis de 

l’observation tient compte des règles fondamentales de comportement, du thème du mois et des instructions de sécurité. Dany Wille : « Il ne s’agit de clouer les collègues au pilori. Nous attendons des observateurs qu’ils consignent sur le formulaire d’observation trois remarques positives et un sujet d’amélioration. Nous avons tous dû nous habituer au fait que l’accent soit mis sur les aspects positifs. Comme Flamands, nous n’avons pas l’habitude de jeter des fleurs. Mais nous avons constaté que, ce faisant, les règles de comportement restent bien mieux ancrées. » Les observateurs couplent les observations négatives à une action. Si, par exemple, le collaborateur dit qu’il ne porte pas ses gants de sécurité parce qu’il ne sait pas où ils sont, les observateurs et le collaborateur partent immédiatement à leur recherche.

Pour que les observateurs respectent cette philosophie, ils sont régulièrement coachés. Dans ce but, dix observateurs expérimentés ont été sélectionnés, qui, à leur tour, reçoivent annuellement de Thierry Uyttenhove une piqure de rappel. Ceci permet d’accroitre régulièrement l’expertise des observateurs. Tous les deux ans, les conseillers en prévention organisent une réunion d’évaluation et de motivation où les observateurs ont l’occasion de signaler ce qui fonctionne bien et moins bien. Mi 2015, 20 nouveaux observateurs ont terminé leur formation. Dany Wille : « Tous sont des collaborateurs ayant réagi spontanément à notre appel. Cela aussi, c’est très significatif. »

Mesurer, c’est savoir

Comme les observateurs documentent très consciencieusement leurs tournées, les conseillers en prévention peuvent facilement en tirer des statistiques. Les tournées d’observation sont donc en même temps un outil pratique pour mesurer la culture de sécurité dans l’entreprise. Et ce n’est certes pas une donnée inintéressante pour le management du groupe au niveau international. La sécurité est réellement présente à l’esprit des employés ; cela ressort des réactions que Dany reçoit dans les couloirs. « Lors d’une visite dans une autre entreprise, nos collaborateurs ont signalé qu’ils se sentaient « tout nus » sans équipements de protection individuelle pendant la visite du site. J’entends aussi que beaucoup portent leurs lunettes et chaussures de sécurité lorsqu’ils bricolent à la maison. Cela ne peut que me réjouir. Cela signifie qu’ils se sont appropriés la sécurité.»